Publié le 13/09/2009 à 05:53 par penseeschoisies
« Donner sa voix pour prendre la parole... » !!!
Modeste acteur de ce temps, ré-engagé durant près de dix ans dans ce qu'il est commun d'appeler: l'action syndicale, nous voici arrivé à un terme où se manifeste une impérieuse nécessitée de mettre en partage ce qui s'écoule en nous, ce que suscitent certaines rencontres, certaines expériences.
Ce n'est pas que nous souhaitions ajouter à la littérature sociale, mais nous ne voyons pas comment nous pourrions ne pas céder à une incitation qui résulte de l'état où se trouve cette société, ni soumettre à nos contemporains les réflexions qui sont nés de cet engagement syndical.
Il y a peu de temps, nous avions fait le choix de nous extraire de toute cette activité syndicale, car nous n'y trouvions pas localement la volonté collective d'une profonde et réelle transformation sociale.
Le cadre imposé est bien souvent le mur dit infranchissable d'une prison construite pour enfermer et contenir la créativité, l'inventivité de l'être humain.
Mais le frénétique généré par la peur de voir le cocon protecteur de l'organisation institutionnalisée mis en cause, et peut-être aussi quelques impostures dévoilées, nous venons de subir un procès en exclusion par ceux même qui devraient être nos frères.
Mais qu'entendent-ils à la Fraternité?
Surtout, n'allons pas faire reproches à la masse prolétaire des limites qu'elle n'a pas choisi, même si elle s'y conforme et les entretient, parce qu'elle croit que celles-ci sont leur protection. Ce ne serait pas faire justice à la majorité aveuglée.
Ce n'est pas l'organisation qui nous exclue, la chose serait l'aveu de son inexistence; ce ne sont que des interprètes incultes; qui pour certains sont tombés dans un comportementalisme rassurant, ou sont simplement victimes de la facilité du mimétisme « panurgique » ou de l'effet de meute; tandis que d'autres cultivent les illusions avec dévotion pour se construire un pouvoir relatif et bénéficier d'un système auquel ils sont sensés s'opposer. Nous reviendrons plus loin sur cela.
Pour l'heure, nous leur soumettons ces questions et réflexions:
Qu'est ce qu'exclure?
Est-ce l'aveu d'une incapacité à chercher et surtout à trouver un espace d'échange?
Est-ce le constat d'une impossibilité à débattre, à confronter idées et pratiques?
Dans tous les cas, c'est le rejet. C'est l'affirmation d'un refus fait à l'autre; c'est le signe que les points de vue de l'autre n'ont plus (ou pas) à être débattu et que celui qui les soutiens doit être éliminé, qu'il n'a pas de place dans le collectif.
C'est empêcher l'autre de participer aux débats, empêcher une expression différente; C'est nier le droit à l'expression, dans le collectif, de l'opinion qui fait controverse et parfois polémique; c'est aussi signifier en interne qu'il y a des débats, des positions, des avis, des pensées qui ne peuvent et ne doivent pas s'exprimer.
Exclure: c'est mettre à l'index et donc définir ce qui doit être fait et ce qui est interdit. C'est permettre à une autorité arbitraire de créer le cadre conformiste et ses normes. C'est pousser vers l'extérieur, vers l'espace public, des débats que l'on ne veut pas tenir à l'intérieur.
Dans tous les cas, l'exclusion révèle que le groupe constitué possède ses dogmes, des rituels et des codes de formes qui encadrent, de façon plus ou moins contraignante, les débats, les questions et le temps que l'on estime devoir leur consacrer : toutes choses qui font des règles réduisant les modes et les possibilité d'expression.
L'exclusion d'un collectif syndical révèle ses craintes et ses limites, montre ce qui fait peur. Exclure c'est dire à l'autre qu'il est un danger...
Mais, ce danger est-il pour le collectif, pour les personnes qui s'y identifient et en tirent un statut social, un pouvoir relatif, une image ? Ou est-ce : un danger pour les principes qui sont à l'origine de la création du collectif...
Nous aurions préféré n'être pas contraint à cette rédaction.
D'autres en ont décidé autrement. En faisant reproche de notre retrait, de notre silence, de cette volonté de discrétion, manifestement incomprise, au cours de l'énoncé réquisitoire de l'exclusion dont ils veulent nous frapper, ces juges nous portent à répondre et à expliquer.
Il ne s'agit pas de justifier, ce serait admettre ou donner une valeur à une culpabilité qui n'est pas la notre. Nous plaidons non coupable pour la simple raison qu'il n'y a pas de fautes, qu'il n'y a rien dans ce que nous avons fait, porté ou exprimé qui soit contraire aux bases indispensables et communes à la Solidarité, l'Unité et la Démocratie.
Le reste n'est que discours sur les personnalités et leurs modes d'expressions.
Ce n'est que jugements comportementalistes servant à masquer, à occulter l'absence de véritables perspectives, de plans et stratégies de transformation sociale.
Et cela n'est pas le fait de l'organisation, mais bien celui de quelques uns de ses « dirigeants » qui se refusent à mettre en question et au débat certains aspects de l'organisation sociale et les conséquences des pratiques qui la fonde.
Pour certains, la révolution n'est plus à l'ordre du jour, le capitalisme est immuable et leur mission ne consiste qu'à négocier, qu'à composer avec lui... parce qu'ils en vivent.
« Donner sa voix et bien la fermer... » !!!
Serait ce qu'ils en ont fait
Nous avions pris nos distances avec le syndicalisme suite à la purge CFDT de 1988/89.
Publié le 06/08/2009 à 23:00 par penseeschoisies
Nous annonçons ici notre retour pour le début de septembre.
Après avoir vécu quelques événements important, il est possible que ce blog ouvre une nouvelle rubrique qui traitera de l'expérience syndicale...
Après s'être immergé dans une organisation, nous souhaitons apporter un témoignage et une reflexion sur cette aventure...
A bientôt..
Publié le 22/05/2009 à 11:51 par penseeschoisies
Bonjour,
Que d'événements depuis notre dernier post, et ce qui était prévisible à fini par se produire. Mais, nombres d'observateurs s'accordent pour dire que rien n'est achevé, et que nous ne sommes qu'au commencement d'une profonde mise en cause de la domination du Capital et des dénis des droits humains naturels et élémentaires qu'il a provoqué.Ces droits que nous pourrions résumer dans un droit à vivre simplement.
Aujourd'hui, il est évident qu'il nous faut faire un certain bilan de l'organisation de la société dit moderne. Faire la critique de tout un ensemble de mythes idéologiques qui ont conduit à la situation actuelle. Que celle-ci soit vue du point de vue de l'équilibre des éco-systèmes, ou des économies sociales.
Puis à la suite de cet état des lieux, penser un autre "système" social.
A suivre
Publié le 29/02/2008 à 12:00 par penseeschoisies
Aujourd'hui tout le monde -politique, syndicaliste et autre- se revendique de la défense du pouvoir d'achat. Mais au fait, pourquoi une telle unanimité. Est-ce que, de manière très concrète, nous comprenons bien ce que sous entend ce terme.
Nous vous proposons donc une petite analyse. Peut-être que dans notre langage, nous devrions cesser d'en faire usage afin ne pas renforcer l'aliénation du travailleur.
Dans l'état actuel de l'organisation économique et sociale, donner à croire au salarié que le développement d'un certain pouvoir d'achat va permettre d'améliorer ses conditions de vie est tout simplement une aberration idéologique.
Les tenants de la politique économique et sociale d'aujourd'hui nous affirme à longueur de discours que la croissance est en panne par manque de consommation... et donc qu'il faut relancer cette satané consommation pour tout le monde.
Mais remettons les choses à leur place.
Dans le discours du pouvoir d'achat il n'y a qu'une seule vérité :
Le pouvoir principal du salarié est économique.
Reste que nous sommes très silencieux sur ce pouvoir et comment il doit être utilisé pour transformer notre société et induire une autre répartition des richesses. Notre silence est probablement du au fait que nous ne savons plus être critique envers les idéologies et que nous avons peur de nous exposer à la contradiction. Les politiciens du libéralisme, à droite ou à gauche, ne s'y sont pas trompés et exploitent à loisir le vide et notre soumission.
Quel est le contenu du pouvoir d'achat? Il faut s'intéresser à ce qui le compose et comprendre pourquoi ce terme n'est apparu que ces 15/ 20 dernières années.
POUVOIR D'ACHAT = Ensemble de moyens financiers dont dispose une personne ou un groupe de personne pour subvenir à ses besoins vitaux, mais aussi pour répondre aux impulsions provoquées par la propagande marchande.
Soit :
Les capacités de crédit. (emprunts, hypothèques,...)
Les allocations sociales. (familiales, chômages, ...)
Le salaire et / ou revenus d'activité.
Les rentes.(actionnariat, livrets d'épargne,...)
Entré dans l'ère de la consommation, instrumentalisé par le capitalisme, l'individu d'aujourd'hui est plus préoccupé par la relation qui existe entre sa capacité de crédit et son taux d'endettement. L'obligation du compte bancaire pour le versement du salaire n'existe que depuis les années 70. Un des objectifs ou un des effets du développement par palier de la politique du crédit est de contrôler l'argent des particuliers, de contrôler le travailleur en tant qu'élément premier de la production des plus values.
L'organisation du marché de la propriété (immobilier), puis du loisirs (vacances et tourisme), passe par l'organisation du marché du crédit. Ce fait relègue le salaire dans une fonction qui n'est plus primordiale.
Ce fut d'autant plus facile à mettre en oeuvre, qu'une propagande à orchestré le fantasme bourgeois de la propriété -en tant que symbole d'une autonomie/ indépendance- par un discours du progrès et de la modernité.
Aujourd'hui, pour la grande majorité, nous consommons -nous achetons- non en fonction de notre salaire mais bien selon notre capacité de crédit (crédit à la consommation, crédit relais, etc.). C'est essentiellement en cela que nous sommes différent des générations de salariés précédentes.
Aux USA, le salarié moyen ne s'occupe plus de la durée et du taux de crédit. Ce qui importe au banquier et au travailleur, c'est que le montant des traites entre dans l'ensemble de ses ressources.
Chacun s'attend à un effondrement, les fameuses Sub-primes sont le signe qu'une crise financière, via l'immobilier, plus grave que la bulle internet ou les affaires Enron ou Andersen, est en cours. Dans certains milieux avisés, le spectre du krach bousier de 1929 n'est pas loin...
Il faut donc accélérer, dans la vielle Europe, les « réformes » et la capitalisation pour alimenter en argent liquide les marchés financiers. Lire l'article du Monde Diplomatique de janvier 2008
Dans la logique du capitalisme, et ne voulant pas remettre en cause les inégalités sociales, augmenter le pouvoir d'achat c'est intervenir sur les prix des produits en agissant sur le coût de production. Et nous savons quelle est la première variable ajustable utilisée...
C'est vous, c'est nous, c'est le salarié !!
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Cycle 1
L'achat alimente la vente, qui alimente la commande, qui alimente le crédit qui alimente la production qui alimente le pouvoir d'achat.
Cycle 2
L'achat contrôle la commande qui contrôle la production qui contrôle la vente qui contrôle le crédit qui contrôle le pouvoir d'achat.
Pour conclure
Nous pouvons surement dire que relayer le discours du pouvoir d'achat c'est :
accepter l'augmentation de la pression sur le salarié, la guerre de tous contre tous,
valider la mobilité et la précarité des travailleurs,
légitimer le transfert (exonération de charges) des solidarités sociales vers l'impôt,
participer à la « marchandisation » et à la destruction du service public.[SIZE=14][SIZE=14]
Publié le 21/09/2007 à 12:00 par penseeschoisies
Du silence nous allons sortir...
Certains évènements se profilent à l'horizon...
Nous observons le cours de choses, les propos qui se tiennent et les actes qui se font...
Publié le 23/03/2007 à 12:00 par penseeschoisies
Où est, je vous prie la garantie du progrès?
BEAUDELAIRE, Curiosités esthétiques, exposition universelle, 1855
Il est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l'enfer - je veux parler de l'idée du progrès.
Ce fanal obscur, invention du philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance; la liberté s'évanouit, le châtiment disparait. Qui veut y voir clair dans l'histoire doit avant tout éteindre ce fanal perfide.
Cette Idée grotesque qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens qui lui imposait l'amour du beau: et les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s'endormiront sur l'oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation est le diagnostic d'une décadence déjà trop visible.
Demandez à tout bon français qui lit tous les jours son journal dans son estaminet ce qu'il entend par progrès, il répondra que c'est la vapeur, l'électricité et l'éclairage au gaz, miracles inconnus aux Romains et que ces découvertes témoignent pleinement de notre supériorité sur les anciens; tant qu'il s'est fait de ténèbres dans ce malheureux cerveau et tant les choses de l'ordre matériel et l'ordre spirituel s'y sont bizarrement confondues!
Le pauvre est tellement américanisé par ses philosophes zoocrates et industriels qu'il a perdu la notion des différences qui caractérisent les phénomènes du monde physique et du monde moral, du naturel et du surnaturel.
Si une nation entend aujourd'hui la question morale dans un sens plus délicat qu'on ne l'entendait dans le siècle précédent, il y a progrès : c'est clair.
Si un artiste produit cette année un oeuvre qui témoigne de plus de savoir ou de force imaginative qu'il n'en a montré l'année dernière, il est certain qu'il a progressé.
Si les denrées sont aujourd'hui de meilleure qualité et à meilleur marché qu'elles n'étaient hier, c'est dans l'ordre matériel un progrès incontestable.
Mais, où est, je vous prie, la garantie du progrès pour le lendemain?
Car les disciples des philosophes de la vapeur et des allumettes chimiques l'entendent ainsi: le progrès ne leur apparaît que sous la forme d'une série indéfinie. Où est la garantie?
Elle n'existe, dis-je, que dans votre crédulité et fatuité. Je laisse de coté la question de savoir si, délicatisant l'humanité en proportion des jouissances nouvelles qu'il lui apporte, le progrès indéfini ne serait pas sa plus ingénieuse et sa plus cruelle torture; si, procédant par une opiniâtre négation de lui- même, il ne serait pas un mode de suicide incessamment renouvelé, et si enfermé dans le cercle de feu de la logique divine, il ne ressemblerai pas au scorpion qui se perce lui-même avec sa terrible queue.
Publié le 14/03/2007 à 12:00 par penseeschoisies
Merveilleux... que de voir la valse des déclarations, des interventions...
Mais, le quotidien est cet espace où se révèlent les actes des séducteurs(trices) qui déploient actuellement leur talent.
Un président a parlé... C'est 40 ans d'actions politiques et publics qui viennent de s'exprimer.
Oserons-nous dire que c'est pitoyable?
Oui, car il s'est voulu un acteur majeur de la décision et de l'organisation de ce lieu nommé France. Il s'est voulu... Aujourd'hui, le propos raciste s'étale sans complexe, la ségrégation par la compétition ou l'argent, la « clientèllisation » du citoyen, la destruction du service public, le mercantilisme et la marchandisation du vivant sont pour parties imputables à l'oubli des principes dont il se réclame.
Cette France des droits de l'homme citée en référence existe-t-elle encore?
N'est-elle pas qu'un rêve dont on se sert pour se voiler la face?..
On peut toujours se trouver des vraies/ fausses excuses pour ne pas avoir mis en application dans le territoire que l'on administre les Droits « Universels » dont on « exige » l'application ailleurs...
Les faits sont les faits...
Le prix de la tranquillité (relative) qui a été globalement assurée au continent Européen depuis 1945, est l'instrumentalisation des Droits de l'Homme, la métamorphose du colonialisme et l'exportation des confits sur d'autres territoires (Asie, Afrique, Moyen-Orient...), le renoncement à l'exception française, inscrite dans son histoire, au nom d'un pragmatisme économique.
Combien de morts depuis 1945, viennent témoigner d'une absence de Fraternité et d'une volonté de poursuivre le pillage des ressources naturelles de la planète, dont l'accès se situe sur d'autres territoires que le nôtre. Est-ce le prix du confort, de la modernité?
Parfois à entendre le propos de ceux-ci qui prétendent nous représenter, ne faudrait-il pas mieux que nous soyons sourds... Nous sommes déjà si mal voyant...
Publié le 01/03/2007 à 12:00 par penseeschoisies
Entrons ensemble un peu plus dans la réflexion.
Qu'entendons-nous par démocratie?
Il est admis par tous que c'est un mode d'organisation de l'espace nommé polis - c'est à dire la chose publique et commune, l'intérêt général - où l'arbitrage, et la décision qui en découle, est réalisé par un ensemble dénommé peuple au moyen du vote.
Mais qu'est-ce que ce peuple? De quoi et comment est-il composé?
Est-ce une question de couleur, de lieu d'origine, d'intelligence, de moyens financiers?
D'ors et déjà, notons que nous sommes confronté à la problématique d'un certain nombre d'idéologies qui discriminent les êtres humains en catégories. Que les termes ont un contenu en lien avec la représentation que nous avons de nous même, de notre identité, avec ce que nous croyons et affirmons être.
Le peuple: est-ce la nation, c'est à dire cette partie de la population qui dispose d'une "légitimité" que l'on appelle la nationalité, octroyée par l'Etat, du fait d'une généalogie dont on est nullement responsable ou à l'adhésion à une certaine culture après mise à l'épreuve lorsque l'on est naturalisé ?
Peut-être, devrions nous aussi explorer ce mot et ses déclinaisons... La naturalisation, en ce qu'elle induit de renoncements, ne dénature-t-elle pas l'être qui s'y soumet?
Le peuple: est-ce toutes les personnes qui partagent un même territoire, c'est à dire l'ensemble de la population, et qui participent par ses échanges et son travail à l'activité économique commune?
Difficile d'apporter une réponse universelle tant cette notion au contenu variable, est interprèté à partir du cadre culturel.
Mais, si l'on ne la clarifie pas, comment pouvons-nous appréhender la démocratie?
C'est peut-être d'ailleurs par cela que commence toute la supercherie ou l'illusion du discours démocratique actuel, parce que si l'on déclare que: Tous les hommes naissent libres et égaux en droit, la réalité fait la démonstration que pour ce qui est du droit démocratique, tout le monde ne dispose pas des mêmes droits.
Le développement du nationalisme et de son communautarisme aux 19/20em siècles a produit la situation actuelle du monde. Une situation où les grandes déclarations ne parviennent pas à masquer la ségrégation sociale qui fonde la prétentieuse suprématie du monde occidental.
N'y a t-il pas plus divisant que cette notion de peuple?
On devrait plus tendre à avoir la notion d'humanité, et dès lors que celui qui vit au milieu de nous est concerné par les décisions économiques et sociales qui sont prises, ne devrait-il pas avoir son mot à dire?
Publié le 19/01/2007 à 12:00 par penseeschoisies
La Grève des électeurs.
Le Figaro, 28 novembre 1888 – Octave MIRBEAU
Une chose m'étonne prodigieusement — j'oserai dire qu'elle me stupéfie — c'est qu'à l'heure scientifique où j'écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose.
Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n'est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l'électeur moderne ? et le Charcot qui nous expliquera l'anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l'attendons.
Je comprends qu'un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l'Opéra-Comique des dilettanti, le Constitutionnel des abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne ; je comprends M. Chantavoine s 'obstinant à chercher des rimes ; je comprends tout.
Mais qu'un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n'importe lequel parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu'elle soit, trouve un électeur, c'est-à-dire 1'être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derrière, quand ce n'est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m'étais faites jusqu'ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, ô chauvin !
Il est bien entendu que je parle ici de l'électeur averti, convaincu, de l'électeur théoricien, de celui qui s'imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l'électeur « qui la connaît » et qui s'en moque, de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute puissance » qu'une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain. Sa souveraineté à celui-là, c'est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n'a cure du reste. Il sait ce qu'il fait. Mais les autres ?
Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les austères, les « peuple souverain », ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu'ils se regardent et se disent : « Je suis électeur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la société moderne. Par ma volonté, Floque fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d'hommes, et Baudry d'Asson aussi, et Pierre Alype également. » Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si entêtés, si orgueilleux, si paradoxaux qu'ils soient, n'ont-ils pas été, depuis longtemps, découragés et honteux de leur oeuvre ? Comment peut-il arriver qu'il se rencontre quelque part, même dans le fond des landes perdues de la Bretagne, même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées, un bonhomme assez stupide, assez déraisonnable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l'y oblige, sans qu'on le paye ou sans qu'on le soûle ?
À quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant, doué d'une volonté, à ce qu'on prétend, et qui s'en va, fier de son droit, assuré qu'il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu'il ait écrit dessus ?... Qu'est-ce qu'il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ?
Qu'est-ce qu'il espère ? Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l'assomment, il faut qu'il se dise et qu'il espère quelque chose d'extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. Il faut que, par de puissantes déviations cérébrales, les idées de député correspondent en lui à des idées de science, de justice, de dévouement, de travail et de probité ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baihaut, non moins que dans ceux de Rouvier et de Wilson, il découvre une magie spéciale et qu'il voie, au travers d'un mirage, fleurir et s'épanouir dans Vergoin et dans Hubbard, des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat. Et c'est cela qui est véritablement effrayant. Rien ne lui sert de leçon, ni les comédies les plus burlesques, ni les plus sinistres tragédies.
Voilà pourtant de longs siècles que le monde dure, que les sociétés se déroulent et se succèdent, pareilles les unes aux autres, qu'un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands, l'écrasement aux petits. Il ne peut arriver à comprendre qu'il n'a qu'une raison d'être historique, c'est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.
Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu'il est obligé de se dépouiller de l'un, et de donner l'autre ? Eh bien ! Non.
Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont à l'abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n'espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l'électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.
Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t'arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d'avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d'humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l'envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n'as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines.
Rêve après cela, si tu veux, des paradis de lumières et de parfums, des fraternités impossibles, des bonheurs irréels. C'est bon de rêver, et cela calme la souffrance. Mais ne mêle jamais l'homme à ton rêve, car là où est l'homme, là est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi que l'homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu'en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu'il ne te donnera pas et qu'il n'est pas d'ailleurs, en son pouvoir de te donner. L'homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t'imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd'hui est particulier à une époque ou à un régime, et que cela passera.
Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c'est-à-dire qu'ils ne valent rien.
Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n'as rien à y perdre, je t'en réponds ; et cela pourra t'amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d'aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.
Et s'il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t'aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n'accordes jamais qu'à l'audace cynique, à l'insulte et au mensonge.
Je te l'ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève.
Publié le 19/01/2007 à 12:00 par penseeschoisies
Au risque de heurter quelques sensibilités, en cette période préélectorale, nous aimerions poser quelques questions aux candidats, mais aussi aux vertueux électeurs.
Le heurt conduit toujours à une modification de la position, à une réaction et parfois à une conscience plus étendue.
Bien difficile aujourd'hui d'échapper à la propagande des appareils politiques, des gardiens du troupeau, des grands moralisateurs qui assènent à longueurs de discours culpabilisant que s'en remettre à un autre est l'unique alternative, et que ceux qui ne votent pas se rendent coupables d'un acte de lèse citoyenneté.
Que masque donc cette volonté de biaiser le débat du fondement démocratique et qui refuse d'envisager que l'abstention est une réelle expression de l'individu ?
Certes, le droit de vote est une conquête payée au prix du sang.
Mais l'existence de ce droit, aussi étendu qu'il puisse être, ne permet pas de garantir la démocratie de l'espace où il s'exerce, ni même la qualité et l'amplitude du débat qui préalablement se doit d'avoir lieu avant toute consultation. La forme de la question n'est pas plus innocente que son fond.
Autre point, quelle valeur a donc le vote blanc ou nul, dans notre système. Qui pourrait envisager qu'il puisse annuler une consultation électorale s'il était majoritaire...
Le monde social et collectif est rendu complexe par la collision d'intérêts singuliers dont les convergences ne sont jamais du domaine de l'évidence. Chacun voyant les choses à partir de lui-même, il n'est pas rare que les points de vue étroits doivent se confronter avant de pouvoir s'élargir. Mais cela devrait se faire dans un véritable respect mutuel, sur un même pied d’égalité.
En ces temps où semble triompher une certaine pensée unique, où les maîtres du discours « réaliste » de l'inéluctable mondialisation, de l'inéluctable vérité économique, dictent leurs lois aux gouvernements, comment peut-on encore croire que l'acte électoral peut ouvrir sur un ordre social différent qui remettrait en cause les avantages de la classe dominante.
Aujourd'hui, le réalisme est que la souveraineté de la nation (quelle qu'elle soit) et donc des citoyens qui y résident et qui disposent d'un droit de vote, est très relative. Les nations sont devenues des entreprises, dont les populations sont une main d'oeuvre qu'il importe de contrôler. Dixit les discours entendus, il faut travailler plus, faire progresser le Produit Intérieur Brut, augmenter la richesse de pays, équilibrer la balance des échanges. Et pour contenir cette main d'oeuvre, il faut la maintenir dans l'illusion d'une autonomie qui ne s'acquièrerait que par la soumission à la légalité.
Traumatisée, par un 19em et 20em siècles qui a bien faillit renverser l'ordre établit par cette classe « dominante », celle-ci ne saurait laisser la moindre chance à une réelle remise en cause de l'actuelle répartition des richesses. C'est d'ailleurs un des sous-jacents du discours de l'équité et du mérite.
Etendons les chants d'allégresse qui s'élèvent des idéologues du capital, tous célèbrent l'entrée de la Chine dans l'économie de marché, son industrialisation, tous triomphent de voir une certaine classe « politique » adopter le modèle, et creuser les inégalités au nom de la modernité, du progrès, de la civilisation...
La dictature sait se montrer « douce » et sans violence physique extrême.
Elle ne s’exerce pas moins par l’utilisation de la peur et la manipulation psychique de la masse à une échelle jamais connue. Là est sa « nouveauté », elle a changé de masque, de visage. Elle contrôle la « vérité » du monde moderne, et sait parfaitement utiliser l'abjection son image passée, pour disparaître dans la banalité d’une norme du bien-penser, du bien-faire, du bien-dire, du bien-se comporter, tout ce qui fait qu'on se définit comme civilisé et que le différent/ l'autre est le barbare.
Plus prosaïquement, pour la population qui survie, en France, avec un revenu compris entre 0 et 1200 € mensuel, quelle transformation sociale peut-elle attendre des élections... Aucune.
Entre mesures visant à nourrir l'illusion d'une plus grande justice sociale qui ne changeront rien aux inégalités du système économique et les dispositions normalisatrices, légalistes qui criminalisent ceux qui n'intègreront pas le modèle, la pauvreté, et la précarité les affecteront toujours plus.
Le drame de l'humain est que c'est son semblable qui l'aliène, comme si l'adversité de la nature ne lui suffisait pas. L'illusion absurde de « l'homo-démocraticus modernis » est de croire que la responsabilité qu'il a vis-à vis de lui-même peut être délégué à un autre, agissant pour son propre intérêt.
Depuis que l'humanité existe, si cela était une réalité il y a bien longtemps que nous devrions vivre dans un monde en paix.
Mais peut-être sommes-nous particulièrement naïfs, dupes ou amnésiques...